Le 08 juin dernier, la Commission des libertés individuelles et de l’égalité (COLIBE) a rendu public son rapport. Présidée par la députée féministe Bochra Belhadj Hamida, cette commission a été formée suite à une initiative du président de la République tunisienne BEJI CAID ESSEBSI en août 2017. Elle avait pour mission de rédiger un ensemble de «propositions de lois visant à faire correspondre l'arsenal juridique tunisien aux exigences d'égalité et de libertés individuelles »
Le rapport en question est le résultat d’une trentaine de réunions , entre le 17 août 2017, date de sa création à l’instar de la fête nationale de la femme, et le 12 juin 2018 date de la remise de son rapport final.
Composé de 235 pages, ce dernier se divise en deux grands chapitres formant également des projets de loi: l’un relatif aux droits et les libertés individuelles, l’autre à l’« égalité ».
Le rapport publié il y a de cela trois mois contient un ensemble de résolutions : abolition de la peine de mort, l’égalité dans l’héritage entre l’homme et la femme, ainsi que dans l’attribution de la nationalité et le choix du nom de famille (possibilité de choisir celui de la mère), dépénalisation de l’homosexualité, Bannissement des tests anaux. etc... Il a bien évidemment engendré des polémiques d’ordre religieux, politique et idéologique.
Le but de cette commission est de lutter contre le poids de la religion et le caractère masculiniste et patriarcal de la société tunisienne tout en démontrant que souvent, pour justifier le second, on use du premier.
Interprété comme une guerre envers la religion, peu soutenue par la population, réfutée par les imams zeitouniens, ce rapport touche à des sujets assez tabous, allant à l’encontre des textes coraniques. Il représente une mesure sociétale tout à fait chamboulante pour la population tunisienne et fera donc l'objet de débats assez houleux entre les deux camps.
Il demeure cependant assez légitime pour une société musulmane, pour la plupart conservatrice, d’être interloquée face à des suggestions telles que : la légalité de l’homosexualité, la fermeture des cafés pendant le mois de ramadan ou encore la suppression de termes tels que "usages" "coutumes" de la constitution. Toucher donc à l’islam et aux valeurs d’une société paraît donc outrageant pour la majorité de la population tunisienne.
Pour les membres de la commission, ce rapport présente bien plus qu’une simple élection mais laisse place à des enjeux historiques et civilisationnels.
Selon Ikbel El Gharbi, anthropologue de religion et membre de la commission « Il ne saurait y avoir de possibilité de progrès sans les libertés individuelles et sans égalité véritable »
Le gouvernement ainsi que les membres de l'assemblée se retrouvent face à un dilemme cornélien, comme dirait Pascal “ Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà’’. Une vérité pour certains peut paraître une erreur pour d’autres. Alors, comment est -ce- que l’Etat va procéder pour mettre fin à ce conflit idéologique ?
H.B.